Mon parcours n’est pas très classique. J’ai commencé par valider une Licence en Histoire à l’Université d’Avignon, années pendant lesquelles je me suis beaucoup investi dans le monde associatif étudiant. C’était très formateur, j’ai pu apprendre à travailler en équipe, puis à en diriger une, à coordonner des projets, j’ai aussi été élu de mon Université, et membre du Bureau National de la fédération des étudiants d’histoire (FFAEH). L’engagement bénévole c’est ce qui m’a donné goût au travail, et aujourd’hui c’est un levier important de l’accompagnement que je propose. Avec de l’autisme il est très compliqué de se projeter dans une activité professionnelle, et je trouve que le monde associatif est une mine d’or quand on ne sait pas quoi faire. Il est très facile de trouver des associations où s’engager bénévolement, et si la réalité du terrain ne colle pas vraiment avec l’idée qu’on s’en était fait, il est aussi très facile de s’en désengager ! 

A la suite de ma Licence j’ai intégré un Master en Communication Culturelle, une formation très pointue à laquelle j’ai pu accéder grâce à mon expérience dans les associations étudiantes. Malgré un stage professionnel réussi dans un musée, je n’ai jamais trouvé de travail dans cette branche. Même si on m’a toujours jugé très compétent, je crois ne jamais avoir eu les compétences sociales nécessaires pour arriver à me faire une place dans ce milieu. Pas que je sois antipathique, loin de là, mais être compétent c’est une chose, être capable d’écarter les autres pour se faire une place, ça en est une autre !

 

A la recherche d’un travail alimentaire, j’ai été surveillant dans un collège pendant 2 ans. La deuxième année, j’ai été en même temps AVS-co (aujourd’hui en dit AESH) dans une classe Ulis auprès d’enfants présentant un trouble cognitif, dont un élève avec une forme d’autisme sévère. Cette expérience a été une révélation pour me lancer dans le monde de l’enseignement. 

J’ai donc ensuite été professeur d’histoire-géo contractuel pendant 4 ans dans divers collèges en Alsace. Très rapidement je me suis inspiré de ce que j’avais vu en classe Ulis pour changer la pédagogie et l’adapter le plus possible au profil de mes élèves. J’ai donc choisi de faire travailler mes élèves en équipe, avec cette méthode les élèves étaient vraiment impliqués dans le cours. Je me suis fait remarquer par mes collègues et ma hiérarchie qui m’ont alors fortement poussé à passer mon CAPES, auquel j’ai brillamment échoué à plusieurs reprises. 

 

A l’approche de la trentaine, j’ai commencé à me remettre en question, cette mésaventure avec le CAPES n’a malheureusement pas été la seule, même si elle a été la plus dure. On m’a très souvent dit que je pouvais prétendre à un brillant avenir, dans tous les domaines où j’ai pu mettre un orteil (l’enseignement, le monde de la culture, l’histoire, et même… la cuisine !), mais je n’ai jamais réussi à concrétiser. Alors que j’étais 2ème de ma classe en Terminale, j’ai eu mon Bac sans mention, tous mes semestres en histoire je les ai validé au rattrapage, et alors qu’après 6 semaines d’enseignement mon inspectrice me voyait déjà finir inspecteur d’académie, je n’ai jamais réussi à passer la barre des écrits au CAPES ! 

Je crois que dans tous les aspects de ma vie j’ai oscillé entre l’extraordinaire et le lamentable. 

C’est à cette période que je suis tombé par hasard sur des informations à propos du Syndrome Asperger, trouble dans lequel je me suis pleinement reconnu. Quelque part ça m’a énormément rassuré, j’ai réalisé qu’en fait je n’étais pas tout seul dans cette situation, et mieux encore, que ce n’était pas forcément ma faute ! Avec un accompagnement et une sensibilisation de mon entourage à mes difficultés, je pense que j’aurais connu beaucoup moins d’échecs. 

J’ai entrepris rapidement une démarche de diagnostic au CRA de Colmar, où j’ai reçu mon diagnostic en mars 2016, de TSA SDI, selon la nouvelle classification internationale. 

 

Je n’ai pas attendu mon diagnostic pour quitter le monde de l’enseignement. Au delà de mes échecs au CAPES, ce qui me pénalisait le plus étaient mes particularités sensorielles. Epuisé par mes journées de cours, je me voyais mal continuer comme ça. Au delà de mes difficultés à me vendre, la fatigue liée à ma pratique d’enseignant me laissait peu d’énergie pour réussir mon CAPES. 

Je me suis donc reconverti dans la prise en charge de l’autisme, car malgré le manque d’accompagnement je trouve que j’ai assez bien réussi à surmonter mes difficultés. J’ai mis en place des stratégies qui fonctionnent très bien au niveau de mes relations sociales, et maintenant au courant de mes particularités sensorielles, j’ai appris à les gérer et à en tirer profit. Ce sont des choses que je veux pouvoir transmettre, tout en gardant mes distances avec mon mode de fonctionnement. Il y a autant de formes d’autisme que d’autistes, ce qui a marché avec moi ne marchera pas pour d’autres, et inversement. 

J’ai validé le DU Trouble du Spectre de l’Autisme à l’Université de Strasbourg en 2017 et depuis j’ai créé une activité en libéral pour accompagner des adolescents et des adultes vers l’accès à l’autonomie et l’insertion professionnelle. 

Depuis 2 ans je m’investis également au sein de l’association Als’Asperger dont je suis membre du Comité. Grâce à cela, j’ai pu être membre des comités de pilotage du Sessad ABA et du Samsah Asperger, et organiser des conférences sur l’autisme. 

 

Mon accompagnement je le base plus sur ce que j’ai appris dans des ouvrages où en formation, que sur mon expérience personnelle. Même si celle-ci me facilite grandement les choses ! 

Je travaille en respectant les recommandations de bonnes pratiques de la HAS et de l’ANESM, je m’inspire des TCC, de l’ABA et du TEACCH pour adapter mon accompagnement et le mettre en oeuvre en m’adaptant aux particularités de chaque personne. Je m’appuie beaucoup sur les centres d’intérêts de la personne pour l’aider à surmonter ses difficultés, et sur ses particularités sensorielles pour mieux l’orienter. 

 

Mon CV :